Solidarité avec les professionnels du tourisme du monde entier

Alors qu’une crise sans précédent touche le tourisme, et que le syndrome du poisson rouge atteint une part croissante d’entre nous, certains comme l’idéologue Rodolphe CHRISTIN enfoncent le clou et voudraient voir disparaître un phénomène qui a plus de qualités que de défauts. Quand d’autres s’interroge de façon plus constructive sur la manière de changer de modèle sans tuer la poule aux oeufs d’or, à l’image du journaliste du Monde Jean-Michel BEZAT.

Snober le voyage, c’est oublier tous les professionnels du tourisme qui à travers le monde se battent pour apporter la meilleure qualité de service aux voyageurs.

Snober le voyager, c’est oublier toutes les vertus du tourisme et les efforts menés par les entreprises et les pouvoirs publics pour en corriger les vices.

Snober le voyager, c’est ne plus compter sur les effets directs, indirects et induits par le tourisme pour le développement durable et la paix dans le monde.

D’un point de vue économique, l’Organisation Mondiale du Tourisme alerte notamment sur le « besoin critique de soutien urgent » des petits états insulaires en développement dont les économies et le financement des politiques publiques dépendent beaucoup du tourisme et de ses recettes. Si on rappelle depuis longtemps que la croissance du tourisme n’est pas toujours synonyme de développement (rapport d’Emmanuel DE KADT pour l’UNESCO en 1979), l’Organisation des Nations Unies rappelle que le tourisme constitue toutefois un formidable levier pour atteindre d’ici 2030 les « Objectifs de Développement Durable » (ODD). Le comité interministériel du tourisme en France pourrait d’ailleurs s’appuyer sur cette feuille de route universelle pour accélérer les transformations et suivre le chemin tracé par des labels comme Agir pour un Tourisme Responsable (ATR) depuis plus de quinze ans.

Depuis Irkoutsk en Sibérie, Irina MUZYKA, confirme qu’avec l’arrêt du tourisme, c’est toute une région qui s’interroge sur son avenir. La créatrice de Baïkal Voyage, partenaire de plusieurs agences titulaires du label ATR dont l’Arbre à Voyages, précise que l’accueil des voyageurs permets non seulement de créer des emplois et de lutter contre l’exode rural mais aussi de rénover et valoriser le patrimoine tant naturel que culturel et humain de la province russe.

D’un point de vue environnemental, le MOOC sur l’écotourisme proposé en 2016 par les universités de Toulouse et Jendouda (Tunisie), avait permis de rappeler que le tourisme est aussi un outil de conservation de la nature. On y prenait l’exemple de l’archipel des Raja Ampat en Indonésie, où la plongée a remplacé la pêche à la dynamite. Avec l’implication des populations locales associées à la gestion des ressources naturelles dont dépend leur subsistance, on  a démontré que grâce au tourisme, un poisson vivant pouvait rapporter plus à l’économie locale qu’un poisson mort. Avec la pandémie de coronavirus, de nombreuses ONG s’inquiètent d’une recrudescence de la chasse illégale d’espèces protégés. En effet, que ce soit pour manger ou pour profiter de l’absence de touristes, les actes de braconnages se multiplient depuis la pandémie de coronavirus. Depuis les rives du lac Victoria, le guide accompagnateur Eric LE BOULCH confirme. « Quel bazar cette année ! » Cet expert de la faune et des peuples d’Afrique de l’Est, basé en Ouganda, craint que beaucoup d’entreprises du tourisme disparaissent, dans les bassins émetteurs de voyageurs comme dans les pays d’accueil. « Notre souci ici, ce sont les gorilles de montagne et les chimpanzés, nos proches cousins sensibles aussi au coronavirus et dont les territoires sont interdits jusqu’à nouvel ordre ». Le tourisme en Ouganda, c’est près de 10% du PIB et 60000 emplois. C’est aussi le meilleur moyen pour protéger la faune et la flore, au coeur de l’attractivité de la destination.

D’un point de vue sociétal, le dernier webinaire organisé par ATR a permis de rappeler que le tourisme est vecteur de solidarité, y compris quand le tourisme n’est plus possible. En 2015, suite au séisme au Népal, beaucoup d’opérateurs ont lancé des programmes de coopération et appelé à une reprise rapide des voyages pour que le pays s’appuie sur le tourisme pour se reconstruire. Depuis plus de 10 ans, exception faite de la Mauritanie où les voyages ont repris, plusieurs destinations du Sahara ne peuvent plus compter sur le tourisme pour se développer et s’ouvrir au monde. Au Mali, qui accueillait plusieurs centaine de milliers de voyageurs dans les années 2000, le tourisme est réduit à peau de chagrin. « Et les nouvelles de sont pas bonnes » d’après Vincent FONVIEILLE, président d’ATR et fondateur de La Balaguère. Le voyagiste pyrénéen vient même d’appeler à la solidarité de ses voyageurs pour aider un village du pays Dogon en proie à des pillages. A Madagascar aussi on s’inquiète. Si le tourisme est une composante importante de l’économie malgache, il l’est tout particulièrement autour des aires protégées. « Et dans le Makay, bien que le tourisme soit encore balbutiant, il n’en est pas moins devenu essentiel en offrant une sécurité financière pour les habitants de nombreux villages » explique Evrard WENDENBAUM, cofondadeur de l’association Naturevolution partenaire de Nomade Aventure qui appelle au don.

En France, les professionnels du voyage ont été « protégés » par diverses mesures qui doivent leur permettre de tenir le coup quelques temps. Tentons de nous tenir la main et de donner du courage à tous nos amis professionnels et autres bénéficiaires du tourisme à travers le monde. Faisons blocs contre tous les prophètes de malheur qui espèrent la fin des voyages. Et faisons ensemble la démonstration que le tourisme peut aussi être un accélérateur de la transition écologique et sociale qu’une part croissante de l’humanité appelle de ses voeux.

> Une tribune de Julien BUOT, Directeur d’ATR,  à retrouver sur  lechotouristique.com

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