Témoignage de Renaud BETTIN (GERES)

Renaud BETTIN, vous êtes Responsable de la Solidarité Climatique au GERES (Groupe Energies Renouvelables Environnement Solidarité), une ONG qui aide au développement des économies d’énergie et des énergies renouvelables, notamment dans les pays dits du Sud.

Dans le cadre de cette conférence sur le voyage climato-compatible organisée par ATR le 4 décembre 2015 au Grand Palais dans le cadre de la conférence des Nations Unies sur le climat (COP 21), vous qui avez été les premiers en France à proposer en 2004 une solution de compensation carbone, expliquez-nous en quoi consiste vos projets financés par CO2Solidaire.

Ce sont les voyageurs qui financent les projets, pas CO2Solidaire ! CO2Solidaire ne fait que sensibiliser les voyageurs à leur impact et proposer des projets de développement à la compensation. Aujourd’hui il est possible de compenser via un projet mené par l’ONG GERES au Cambodge, en Chine en soutenant des projets mise en œuvre par Initiative Développement, en Amérique latine (Pérou, Honduras, Salvador, etc) via Microsol et enfin en France grâce au projet de l’association Bleu-Blanc-Coeur. Ce projet permet d’améliorer la qualité nutritive du lait tout en réduisant les émissions de méthane des vaches laitières.

Tous ces projets suivent les labels de compensation carbone, à savoir VCS, Gold Standard ou les mécanismes de compensation onusiens (MOC ou MDP).

Vous travaillez avec des voyagistes, comme Atalante, Allibert Trekking et d’autres professionnels du tourisme. Quels sont les résultats de ces partenariats ?

Cela dépend du niveau d’implication du voyagistes. Clairement ceux qui font compenser le plus de voyageurs sont ceux qui se sont appropriés la démarche. Ils ont travaillez leur communication, voire leur offre compensée, ils connaissant le projet sur lequel il est possible de compenser, ils ont un discours non culpabilisant mais d’avantage portée sur la solidarité. Enfin, ils compensent leur propres émissions : il est impensable de proposer la compensation à un voyageur sans que le voyagiste ne compensent ses propres émissions !

Vous lancez demain, ici même au Grand Palais, un appel pour la solidarité climatique. Quel est le message ?

Il est très clair : il faut réduire ici notre propre impact sur le climat et dans le même temps il faut soutenir les projets de développement bas carbone menés au Sud. C’est la double dimension des négociations climatique, il faut agir ici pour permettre à ceux là-bas de ne pas sombrer dans la pauvreté. Climat et pauvreté sont intimement liés. La solidarité climatique met en avant la cohérence de l’action (réduire notre CO2 ici grâce aux solutions qui sont à portée de main) et faire écho à la voie des populations du Sud qu’on entend trop peu aux seins des négociations. La solidarité climatique humanise le défi climatique, il remet l’humain au centre du jeu, au cœur des enjeux.

On observe le développement d’actions symboliques de reforestation proposées aux voyageurs qui plantent des arbres pendant leur voyage. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez tout dit : symbolique. Il faut sortir du symbole car le symbole ne fait pas vivre les gens, ne leur apporte pas éducation, électricité ou emploi. La reforestation est une bonne chose si elle est associée à l’agriculture, à une implication à long terme des populations, à des emplois durables. Reforester pour stocker du carbone est dangereux. Les travers sont nombreux, expropriation des terres, essences d’arbres non adaptées. Enfin, l’aspect temporalité me gêne : planter un arbre qui va compenser les émissions d’un voyage pendant sur 10 années à venir… Il y a urgence !  Compensez vos émissions via des projets de reforestation ok, mais faites le en choisissant des projets labellisés, vérifiées, audités, en résumé, des projets sérieux.